Analyse

Les cités marseillaises qui se donnent au FN ? Intox.

(Article paru dans l’Humanité, nouvelle formule, du 8 avril 2014)

L’élection d’un maire de secteur d’extrême-droite dans la partie nord de la ville a permis à la thèse du populo-lepénisme de prospérer. Au mépris de la réalité des résultats par bureaux.

Un maire d’arrondissement FN a été élu dans les quartiers nord de Marseille. Quartiers nord de Marseille= cités, banlieue dans la ville. Donc, les cités ont voté pour le FN. Il faut toujours se méfier des syllogismes et encore plus de celui-ci qui s’insinue manifestement dans les esprits et les écrits.

« Le vote FN progresse dans les cités », écrivait le principal quotidien régional au lendemain du 1er tour. Un semaine plus tard, un quotidien national, considéré comme étant celui de référence, allait plus loin : « Dans le nord de la ville, faite de cités aux noms d’arbres et de fleurs qui racontent mal leur délabrement (…) des « barres » investies depuis les années 60 par des Maghrébins puis des Comoriens, (…) se sont données à Stéphane Ravier (le leader du FN, NDLR), offrant à l’extrême-droite l’une des plus grosses prises de son histoire ». « Même les cités ont voté pour Ravier, tu te rends compte ? », a-t-on entendu, au soir du second tour, dans la bouche de jeunes militants socialistes, qui avaient, eux, à cet aveuglement, l’excuse du désespoir.

La réalité est autre : les cités de Marseille n’ont pas voté FN. Ce sont les chiffres, dans leur plus simple appareil, qui le disent. Prenons comme référentiel treize bureaux situés dans les quartiers populaires des 13e, 14e et 15e arrondissements (228000 habitants), dont les noms sont évocateurs à l’oreille de n’importe quel Marseillais (Malpassé, Frais-Vallon, la Busserine, Campagne-Lêveque, la Castellane). Le panel est pourtant imparfait puisque le découpage du périmètre des bureaux ne correspond pas toujours à une cité seule. Ainsi dans le bureau 1540, les électeurs des HLM du Castellas votent avec ceux de la copropriété assez recherchée des Lions.

Dans ces treize bureaux « tests », le FN recueille, lors des élections municipales de ce mois de mars 2014, 837 voix au 1er tour et 1236 voix au second contre 433 lors de ce même scrutin en 2008 et 1368 voix pour Marine Le Pen lors des présidentielles 2012. Le parti d’extrême-droite y totalise 14,3% et 17,26% des suffrages, soit la moitié de son score dans les deux secteurs (7e et 8e) concernés. Surtout, si l’on jauge de l’apport du supposé contingent de voix des cités dans la « cohorte » qui a poussé l’un de ses candidats au poste de maire de secteur, la fable apparaît : le parti de Marine Le Pen ne convainc que 5,29% et 7,81% des inscrits dans ces treize bureaux alors qu’il rassemble 18% des inscrits sur l’ensemble de ces arrondissements.

Pour autant, la question reste entière : comment un candidat d’extrême-droite l’a-t-il emporté dans les quartiers Nord de Marseille, objet fantasmé de nombre de médias nationaux mais dont l’histoire socio-économique et urbanistique est plus riche. Un rappel historique s’impose. La division de la ville naît au milieu du XIXe siècle, avec la création d’un nouveau port de commerce d’envergure, le Vieux-Port étant devenu trop étroit face à l’explosion des trafics. Les résultats des sondages apparaissent sans appel : le tirant d’eau est supérieur sur le littoral nord. Le premier quai ouvre en 1853, puis d’autres, décennie après décennie. L’industrie s’y installe, les ouvriers arrivent. La bourgeoisie se retire alors des quartiers du centre-ville vers ses nouvelles terres résidentielles du sud tandis que, dans le nord, l’industrialisation-urbanisation avale, un à un, ces petits villages (Saint-Joseph, Saint-Antoine, Saint-Louis, Sainte-Marthe…), aux portes de l’ancienne ville (dont le rayon n’avait jamais dépassé deux kilomètres autour du Vieux-Port) qui se retrouvent désormais incorporés à elle. Les villages deviennent ainsi les « noyaux villageois ».

La division devient fracture au moment du choc de la désindustrialisation, liée, à Marseille, à la fin de l’empire colonial sur lequel le « système marseillais » (l’interdépendance entre le port, le commerce, l’industrie et la cité), selon la formule de l’économiste Louis Pierrein, reposait tout entier. Entre 1975 et 1990, la ville perd 75000 emplois industriels.

La décolonisation produit un deuxième effet massif pour Marseille : l’arrivée des rapatriés, qu’il faut loger par dizaines de milliers. Des terres agricoles du nord de la ville, surgissent alors les fameux « grands ensembles », barres et tours qui offrent aux nouveaux habitants (pieds-noirs mais également travailleurs immigrés) des conditions de confort infiniment supérieures aux « bidonvilles » (Marseille en est, à l’époque, criblée) et même aux petits logements privés de l’arrière-port. Au même moment, dans les interstices entre ces cités naissantes et les « noyaux villageois », se construisent des zones de maisons individuelles, relevant soit du rêve solidaire (les Castors) soit de l’ascension sociale d’une petite classe moyenne. Cet habitat pavillonnaire sera complété, à partir du début des années 2000, par de nouvelles résidences construites au pied des collines qui ceignent Marseille, suite à l’ouverture à l’urbanisation décidée par Jean-Claude Gaudin. Ce sont dans ces bureaux que le FN a réalisé ses meilleurs scores et ce sont ces « citadins parcellaires » (formule du sociologue André Donzel, en référence aux paysans parcellaires du «18 Brumaire de Louis Bonaparte» de Karl Marx) qui permettent à Stéphane Ravier de parader dans la bastide Coxe, cette somptueuse bâtisse du XVIIIe siècle devenue mairie de secteur. Lorsque le leader d’extrême-droite remporte 177 voix dans quatre bureaux de cités du cœur du 14e arrondissement, il en engrange 1300 dans les quatre bureaux des « noyaux villageois » et lotissements qui les entourent… CQFD : Stéphane Ravier est l’élu (relatif, malgré tout, si l’on considère l’abstention massive) du « village » et du « périrubain », pas de la cité HLM…

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Réflexions sur une défaite historique du PS marseillais

Du Capitole (de sa promesse, au moins) à la roche tarpéienne. Du 20 octobre 2013 au 30 mars 2014. D’une participation citoyenne insoupçonnée aux primaires à la pire défaite du PS à Marseille (un seul secteur sauvegardé, moins de conseillers municipaux que le FN), si l’on excepte 1989 et le grand chelem de Vigouroux (et encore !).

Une raclée d’une telle intensité ne peut être que le produit d’une accumulation de facteurs. En l’occurrence, il semble même que tous les facteurs potentiels aient convergé pour déclencher la foudre sur le parti du « maire illustre » (comme l’appelle Gaudin), Gaston Defferre, qui régna sur la ville de 1953 à sa mort en 1986.

 

L’ « effet Hollande »

C’est ce que l’on appelle du « off », une rencontre entre élus et journalistes, une discussion libre dont les propos ne sont pas considérés comme officiels. Ce matin-là, une ministre conversait donc, autour d’un café et de viennoiseries, avec une petite dizaine de journalistes. La question a été posée. Une fois, deux fois, trois fois. La réponse a été répétée. Une fois, deux fois, trois fois. « Personne ne nous parle du gouvernement ». Après tout, c’était peut-être vrai. D’autant plus que des députés, des conseillers généraux, des conseillers municipaux nous indiquaient la même chose. « Personne ne nous parle du gouvernement ». Mais des militants et responsables politiques aguerris devaient-ils s’en contenter ? L’erreur première aura été de considérer ce silence comme la signification d’une absence de problème. Depuis dimanche soir, on connaît le prix politique du réconfort à peu de frais…

Une élection municipale ne se joue jamais que sur des enjeux locaux. Sinon, pourquoi la déroute de la gauche en 1983, deux ans après l’élection de François Mitterrand ? Sinon, pourquoi 2008 et la défaire de la droite, neuf mois après l’arrivée de Nicolas Sarkozy à l’Elysée. Encore moins à Marseille. Encore moins quand un comité interministériel a été consacré à cette ville. Encore moins quand cette ville (15% de chômeurs, 26% de pauvres) attend beaucoup du pouvoir. Encore moins quand le candidat du PS a organisé le ballet des ministres.

 

L’ « effet Andrieux »

Manifestement, en politique aussi, « le client est roi » (formule débile mais, en l’occurrence, pratique). Et lorsque l’on n’a plus rien à offrir aux « clients-citoyens », ils se vengent. Dans les quartiers nord, l’électorat populaire a fait payer au PS l’absence de résultats concrets de la politique du gouvernement comme l’inefficacité grandissante du système clientéliste. Rappel utile, le clientélisme est selon, le sociologue Cesare Mattina, le fait d’ « entretenir des clientèles politiques par l’octroi de faveurs et services en échange de vote et de soutiens politiques ».

Sauf que la ressource de « faveurs et services » se tarit. Le processus est engagé depuis des dizaines d’années. En termes d’emplois publics, l’âge d’or de Defferre est bien lointain. Des logements ? Même constat. Le clientélisme avait trouvé un nouveau souffle avec le financement d’associations douteuses (attention : elles sont ultra-minoritaires). La condamnation en première instance de Sylvie Andrieux, ancienne vice-présidente du conseil régional, pour détournement de fonds publics versés à des associations bidons, et la généralisation des politiques d’austérité ont fonctionné comme deux coupe-circuit. Plus rien ou plus grand-chose ne sort du robinet clientéliste. Au porte-à-porte des cités populaires, la même rengaine revient : « Qu’est-ce que la politique peut changer pour moi ? » Ils ne laissent pas le temps aux militants d’argumenter et en viennent à leur conclusion : « Rien ».

Les classes populaires de l’immigration post-coloniale ont présenté l’addition au PS sous la forme d’une abstention massive (entre 60 et 70%), qui n’a reculé qu’à la marge entre les deux tours, et parfois d’une sorte de « vote révolutionnaire » anti-PS assez manifeste (cf les reports évidents d’une frange importante des électeurs Diouf sur Miron).

L’effet Guérini

Jean-David Ciot, l’ancien premier secrétaire fédéral du PS, a le sens de l’euphémisme. Dans les locaux de la fédération PS, il disait dimanche soir que Jean-Noël Guérini avait peut-être rendu les coups qu’il avait reçu. Que ce « peut-être » était suave… C’était un secret de Polichinelle depuis le printemps 2013: le président du conseil général ferait tout pour savonner la planche de son ancien directeur de campagne. L’alliance entre les deux tours avec les listes Gaudin dans son fief du 2e secteur (2e et 3e arrondissements) a « officialisé » l’union des deux G, sans que – fait notable – les électeurs des uns et des autres ne la sanctionnent dans les urnes… Et un secteur (où Hollande l’avait emporté au second tour des présidentielles avec 67% des suffrages !) de plus de perdu pour la gauche, un !

 

Le triple « effet Mennucci »

Primaires, campagne programmatique, personnalité : Patrick Mennucci a bien fait d’affirmer, dès dimanche soir, qu’il assumait « personnellement » cette défaite, car c’est bien le cas. Triplement, le cas.

Le député du centre-ville a été le partisan le plus engagé du processus de désignation du candidat par vote citoyen. Il en a été l’heureux bénéficiaire puis la première victime. Comme le notait Marie-Arlette Carlotti, dès dimanche soir, « le processus des primaires s’est avéré destructeur ». Tout le monde est sorti vainqueur du vote du 30 octobre dernier : Patrick Mennucci, car désigné candidat, Samia Ghali, en tête dans les secteurs de gauche qui y a ensuite fait ce qu’elle a voulu sur les listes (jusqu’à imposer le maintien de Garo Hovsépian, 76 ans), et même Marie-Arlette Carlotti, Christophe Masse et Eugène Caselli en mesure, de par leurs scores, de faire valoir leurs revendications particulières notamment en termes de candidatures auxquelles Patrick Mennucci a, globalement, cédé.

Une fois désigné pour porter l’étendard rose, Patrick Mennucci a décidé de mener une campagne programmatique, point par point, dossier par dossier, qu’il connaît mieux que personne et peut-être même mieux que Gaudin. Mais il n’a jamais su incarner la rupture avec le « gaudinisme » (c’est un constat, pas un jugement de valeurs) qu’il s’acharne à apparenter à un « immobilisme » alors que Marseille a incontestablement changé en deux décennies (encore eut-il fallu interroger la « nature » de ce développement et ses très grandes limites…). Tout comme il doit constater que sa personnalité « clivante » et sa longue histoire dans le sérail socialiste n’ont pas favorisé une crédibilisation de son discours de rupture… avec le « guérinisme », maladie sénile du « defferisme » dont ne finit pas de mourir le PS marseillais. La grande nouveauté de dimanche dernier est que les électeurs, même face au danger FN (Ravier n’est élu qu’avec 18% des inscrits dans le 7e secteur), ont cessé de pratiquer l’acharnement thérapeutique.

 

 

 

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A Marseille, le FN profite de l’abstention massive des cités

(Article publié dans l’Humanité du 26 mars 2014)

Le parti d’extrême-droite progresse dans les noyaux villageois et les zones pavillonnaires tandis que le vote PS s’effondre dans les quartiers populaires.

Un maire de secteur d’extrême-droite. Après le coup de tonnerre du 1er tour, le coup de Trafalgar dimanche ? Stéphane Ravier, arrivé second sur l’ensemble de la ville avec 23% des suffrages, tient en effet la pole position dans le 7e secteur (13e et 14e arrondissements), dans les quartiers nord. Il y est arrivé en tête avec 32% des suffrages, devant le candidat UMP (27%) et le maire socialiste sortant, Garo Hovsépian (21%). C’est dire si le rapport de forces du 1er tour est défavorable à ce dernier.
Comment un candidat FN peut-il se retrouver aux portes du pouvoir local dans les quartiers nord de Marseille ? Les cités auraient-elles commencé leur bascule vers l’extrême droite ? On peut ainsi lire dans La Provence de ce mardi : « Dans les cités du 13e-14e aussi, le vote frontiste a nettement progressé. » Avec à l’appui, le score de 45% de Ravier dans un bureau de la cité des Flamants qui, en l’occurrence, accueille les électeurs des zones pavillonnaires voisines tandis que le bureau des électeurs de la cité HLM même lui a accordé 8% de ses voix (exprimées, soit 3% des inscrits)…
Quelle est vraiment la réalité du vote FN dans ces quartiers Nord ? Prenons comme témoins trois bureaux qui représentent la diversité sociologique de Marseille mais qui, voisins, s’inscrivent dans le même espace géographique : dans la partie nord du 14e arrondissement, quartiers Nord de Marseille.
Les bureaux 1453 et 1454 sont situés dans la cité de la Busserine, l’une des plus pauvres de la ville. Le bureau 1460 rayonne sur le noyau villageois de Sainte-Marthe et les nouvelles résidences construites au pied de la colline, zone ouverte à l’urbanisation par Jean-Claude Gaudin à l’orée des années 2000.
Si l’on calcule les scores par rapport au corps électoral, voilà le paysage sorti des urnes.
Dans le bureau 1460, traditionnellement, très à droite, le candidat FN recueille 22,75% des inscrits (contre 21,72% à la présidentielle de 2012). Il progresse en voix (de 290 à 335) et en pourcentage des exprimés (de 27 à 41%) tandis que celui de l’UMP passe de 18,57% des inscrits à 13,17%. Là, où en 2012, François Hollande attirait 20% des inscrits, le maire de secteur PS n’en a séduit que 9%… L’abstention est passée de 18% à 44%.
Passons aux bureaux des cités. La participation y passe de 70% à 34%. Le FN perd des voix par rapport aux présidentielles de 2012 mais en gagne quelques dizaines si l’on prend pour référent les municipales de 2008. Son score augmente par rapport aux exprimés mais recule en pourcentage des inscrits (à 3 et 6%).
La donnée majeure dans ce quartier populaire, composé majoritairement d’habitants de l’immigration post-coloniale, c’est l’effondrement spectaculaire du vote socialiste. Garo Hovsépian recueille entre 8 et 9% des inscrits contre 42 à 45% à Hollande et 30% à Sylvie Andrieux, qui menait la liste (d’union de la gauche) en 2008. Depuis, cette dernière a été condamnée, en première instance, pour détournement de fonds publics dans une affaire de subventions versées à de fausses associations. Elle a donc dû laisser son bras droit, âgé de 75 ans, prendre le relais et servir de « paratonnerre » au double rejet de la politique du gouvernement et des méthodes du PS local.

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Abstention, Gaudin, Ravier, Mennucci: le 1er tour en 4 étapes

« La tornade Gaudin, la surprise Ravier, le flop Mennucci », titre ce matin le quotidien La Provence. Pas tout à fait faux. Mais une étude précise des résultats nous fait dire également : pas tout à fait vrai.

« La tornade Gaudin »

Le maire sortant a perdu 13000 voix entre les scrutins municipaux de 2008 et 2014. Ca ne ressemble pas franchement à un raz-de-marée même si les résultats du premier tour résonnent comme une promesse de quatrième mandat pour lui.  Le recul en pourcentage est réel que l’on calcule par rapport aux exprimés (de 41% à 37,85%) ou par rapport au nombre d’inscrits, il passe de 23,15% à 19,68%). Il s’observe dans tous les secteurs, y compris dans le 6-8, QG de la Gaudinie.

« La surprise Ravier »

Un candidat du FN qui réalise 23% dans une ville où les Le Pen, père et fille, ont dépassé la barre des 20% à quatre reprises (28,3% en 1988, 22,32% en 1995, 23,34% en 2002 et 21,22% en 2012), est-ce une surprise ? Non, car le FN a toujours recueilli d’importants scores dans la deuxième ville de France (et ces scores sont d’ailleurs moins impressionnants aujourd’hui qu’ils ne le furent) et… oui, car jamais une liste d’extrême-droite n’avait trouvé un tel écho lors d’une élection municipale.

De 2008 à 2014, l’extrême-droite gagne 35000 voix et passe de 5% des inscrits à 12%. La progression est spectaculaire d’un scrutin municipal à l’autre, mais elle doit aussi être mise en regard des résultats de la présidentielle de 2012, l’élection devenue, de fait, la plus déterminante de la vie politique française. En 2008, le contexte à droite était caractérisé par le siphonnage du lepénisme par le sarkozysme, qui a fait long feu, comme on a pu l’observer depuis les présidentielles de 2012. Avec 23,16% dimanche, Stéphane Ravier fait un peu mieux que Marine Le Pen lors de la présidentielle (21,2%). Le chef de file local de l’extrême-droite a recueilli sur son nom 59000 électeurs là où la présidente du FN en comptait 79000 en 2012.

« Le flop Mennucci »

Que le candidat investi par le parti au pouvoir n’arrive qu’en troisième position, avec 21%, c’est évidemment un flop. Mais si l’on cumule les scores de toutes les listes de gauche (j’y inclue Diouf, je sais, c’est arbitraire et cela peut faire débat mais j’estime que sa base électorale vient de la gauche), le total approche les 35%, soit juste derrière le score de Gaudin. Le propos n’est évidemment pas de relativiser la débâcle du principal opposant à Jean-Claude Gaudin.

La gauche est la première victime de l’abstention. Celle-ci progresse, de 43,57% en 2008 à 48%. Les secteurs les plus favorables à la gauche sont les plus frappés (50 et 53% % d’abstention dans les quartiers nord). Alors que le nombre d’inscrits a augmenté de 16000 en six ans, celui de suffrages exprimés a reculé de 12000. L’abstention n’a pas épargné le Front de gauche, pourtant peu avare de critiques à l’encontre de l’action de l’exécutif. Des 51700 bulletins « Mélenchon », Jean-Marc Coppola n’en retrouve que 18.000. Il réalise 7% à l’échelle de la ville. Si l’on établit le ratio PS-non PS au sein de la gauche, il est très défavorable pour le parti censé être dominant qui ne pèse que 60% de son camp.

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Pourquoi Gaudin part-il si tôt en campagne?

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22 novembre 2013 : pas grand monde, parmi les responsables politiques ou les observateurs, n’aurait misé sur cette date. En début de semaine, l’on parlait d’une annonce officielle en 2014. Nous sommes en 2013 et encore loin de la prochaine. Et voilà Jean-Claude Gaudin qui s’est officiellement déclaré candidat à un quatrième mandat. Pourquoi partir si loin du but ? Plusieurs pistes peuvent être explorées, comme vous le lirez ci-dessous. Sur le timing précis, de deux choses l’une : ou les choses étaient bien préparées et le secret bien gardé ou… elles ont été accélérées pour des raisons encore obscures (pour moi). A moins que le sondage BVA du début de semaine, donnant Mennucci devant Gaudin (41% contre 40 et 19 au FN, au second tour) n’en constitue une.

Le souvenir du coup de chaud de 2008

Ce devait être une campagne courte si ce n’est éclair. Maire depuis treize ans, Jean-Claude Gaudin allait se lancer dans l’arène à cinq ou six semaines du but (1er tour prévu le 9 mars). Soit fin janvier, début février. Les courbes de popularité descendantes de Nicolas Sarkozy, président depuis mai 2007, n’inquiétaient pas outre mesure les stratèges de l’équipe Gaudin. Jean-Noël Guérini était bien en campagne depuis septembre mais la municipalité sortante pensait qu’il boxait largement dans le vide. Et puis, le bilan était bon. Enfin, c’est ce que pensaient le maire et son équipe. Pas forcément, les Marseillais qui, à  60% des personnes interrogées, selon un sondage, appelaient à un changement « en profondeur » l’action municipale. Puis, presque de manière insensible, le score de la droite dans les sondages s’est effrité. Jusqu’à ce que cela devienne sensible. Branle-bas de combat, calendrier chamboulé, entrée en campagne avancée, précipitée et bafouillée, rectification in extremis et victoire sur le fil dans le secteur de Renaud Muselier, aujourd’hui retraité de la politique.

C’est certainement cette erreur que Gaudin ne voulait pas réitérer. Quitte à la corriger par l’excès inverse : se lancer de loin, très loin. Mais il y a des raisons à cela qui tiennent, en fait, deux bombes à désamorcer.

74 ans dont 48 de conseil municipal et 19 ans de magistrature suprême: le soupçon de la double usure

En début de campagne en 2008, Gaudin ne parlait que de son bilan. Avant de se rendre compte que cela ne ferait pas la maille. Il a donc commencé à parler projet et propositions. Il fera, sans doute, de même cette année tant il semble vrai que l’on n’est jamais élu sur un bilan, même si on peut être battu sur celui-ci (voir ci-dessous). Sauf que… Plus le temps passe, plus les propositions apparaissent comme un catalogue de ce qui n’a pas été fait. Cela vaut pour Jean-Claude Gaudin comme pour tout maire qui sollicite un quatrième mandat. Quel est le sens d’une candidature après vingt ans (dix-neuf, pour être précis) de pouvoir ? Que fera-t-il qu’il n’a déjà fait ? Pourquoi fera-t-il ce qu’il n’a pas fait ? Autant de questions qui viennent spontanément à l’esprit d’une grande partie des électeurs. D’autant que s’ajoute le soupçon de l’usure personnelle. A 74 ans, il répond : « Je ne vois pas pourquoi on voudrait mettre les gens de plus de 70 ans dans des maisons de retraite. » Entre la maison de retraite et la plus haute fonction politique de la deuxième ville de France, cela laisse de la marge, tout de même… Quant à l’usure politique, Jean-Claude Gaudin tente de contourner l’obstacle : « Il faut donc de la durée dans la gestion municipale », argumente le maire sortant (entré au conseil municipal en 1965 sous le magistère de Gaston Defferre) dans les colonnes de La Provence. L’argument est donc: laisser moi mener à bien ce que j’ai entamé. Et c’est bien la grande faille de la candidature Gaudin : ce qui a été entamé depuis 1995…

Le bilan de « Jean-Claude Tout Va Bien »

Il va évidemment s’écrire des milliers de lignes sur le bilan Gaudin. « 18 ans entre progrès et exclusion », écrit La Provence du jour. D’un côté, on trouvera la capitale européenne de la culture et le Mucem, l’augmentation du nombre de touristes et de croisiéristes, le tramway et les projets immobiliers (pléthoriques, il est vrai). De l’autre, la pauvreté (28% des habitants vivent en-dessous du seuil de pauvreté), les trafics de drogue et les règlements de compte, la fracture Nord-Sud. Nous aurons tout loisir, ici, de revenir sur ces thèmes centraux. Le plus intéressant sans doute est de connaître l’inventaire personnel de Gaudin ? Il n’y en a pas, justement. « Je suis le maire qui aura fait le plus pour réduire la fracture Nord-Sud provoquée par les socialistes », ose-t-il même dans La Provence. Si c’est un argument de campagne, peu d’électeurs y croiront. Si Gaudin pense ce qu’il dit, cela tourne au déni de réalité. Au même moment, dans les quartiers nord, on peut lire les affiches du candidat UMP qui résonnent comme un terrible aveu : « Notre défi, un seul Marseille ». « Votre plus grand échec ? », demande le quotidien régional. « La propreté. » Mais ça n’est pas sa faute ou à moitié, au quart. « Elle dépend de la communauté urbaine. Quand je la présidais, ça ne marchait pas trop fort sur cette question. Depuis (l’élection du socialiste Eugène Caselli en 2008, NDLR), ça va encore plus mal ». Du coup, Patrick Mennucci l’a affublé d’un surnom : « Jean-Claude Tout Va Bien ».

LE CHIFFRE

Dans l’interview publiée par La Provence, le maire de Marseille accuse la ville socialiste de Montpellier d’avoir augmenté la taxe d’habitation de 54% et l’autre ville socialiste de Nantes de 41%. « Moi, à Marseille, j’ai augmenté les impôts de seulement 2% par an », claironne l’édile, fin politique mais mauvais en mathématique puisque 2% d’augmentation par an depuis 18 ans, cela fait : + 45,68%…

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Les 3 milliards introuvables de Jean-Marc Ayrault

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La venue de Jean-Marc Ayrault était prévue de longue date. Elle s’inscrit dans la suite logique du comité interministériel de septembre 2012 et du vote du projet de loi de la métropole. Il s’agissait en quelque sorte de garnir la corbeille d’un mariage que certains (109 des 119 maires du département) jugent « forcé ». Qu’a annoncé le premier ministre ?

Gare, flics et crèches : le détail des mesures

Les transports représentent le dossier le plus lourd dans la sacoche du premier ministre. Il y a la nouvelle gare Saint-Charles souterraine et traversante d’où son coût important (2,5 milliards). Après ces lourds travaux, la gare ne sera plus un cul-de-sac. Les trains pourront tracer directement leur chemin vers l’est du département puis de la région. Le cadencement pourra ainsi être renforcé pour les TER au rythme de quatre par heure contre deux actuellement. On ne sera pas encore dans les fréquences du RER francilien mais ce sera déjà mieux pour les usagers.

Jean-Marc Ayrault a également annoncé le doublement partiel de la ligne ferroviaire Marseille-Aix et apporté son soutien au projet de prolongation du métro dans les quartiers nord mais aussi sud-est de la ville.

Le 7 octobre dernier, avait été signé le PPP (partenariat public-privé) qui permettra enfin de boucler le chantier de la rocade dite L2 permettant la jonction des autoroutes A7 et A 50.

Dans la « hotte » du premier ministre, il restait encore un peu de place pour la sécurité (80 policiers supplémentaires), l’emploi (53 agents de Pôle emploi supplémentaires, 500 emplois d’avenir et de nouvelles permanences Pôle emploi dans les centres sociaux des quartiers prioritaires), l’éducation (8 nouvelles classes en petite section de maternelle, dont 5 dans les quartiers nord, pour favoriser la scolarisation des moins de trois ans et 1000 places de crèches supplémentaires).

Enfin, le chef du gouvernement a décidé de revaloriser de la dotation de la métropole (lorsque celle-ci sera créée) : 50 millions d’euros. Ce qui équivaut à la réalisation d’un kilomètre de tramway.

Nuance : l’Etat soutient mais l’Etat ne finance pas tout

Ce bas-monde est ainsi fait que l’on peut jauger de l’engagement d’un acteur majeur (et l’Etat en est encore un) non seulement à ses promesses (elles engagent ceux qui les formulent, contrairement à la formule cynique de Pasqua) mais à ses financements. Le gouvernement parle d’un « plan à trois milliards », ce que reprennent un certain nombre d’articles depuis ce matin. Mais l’Etat n’en apporte qu’une partie. Sur la gare Saint-Charles, le gouvernement promet 800 millions sur les 2,5 milliards pour un projet dont l’horizon est, il faut le rappeler, 2030. Le premier ministre a également évoqué l’affectation de 370 millions pour les projets d’infrastructures ferroviaires, routières et d’accès au port. Soit 1,23 milliards de crédits d’Etat. Qui va financer le reste ? Le mystère reste entier.

Ainsi, de la prolongation du métro. Jean-Marc Ayrault y est favorable mais laisse le soin aux collectivités de se débrouiller. Sachant que l’aspect financier (un kilomètre de métro coûte 100 millions) a sans cesse servi à repousser la réalisation de ce projet de bon sens. Idem pour la ligne Marseille-Aéroport : l’Etat va participer aux études. Pas plus, pour l’instant.

Quant au milliard et demi du plan d’investissements d’avenir, aucune précision n’a été apportée sur les modalités de son utilisation. Comme disait la grand-mère de Martine Aubry : « Quand c’est flou… »

La partie immédiatement sonnante et trébuchante se monte à exactement 37 millions d’euros. Il s’agit d’un plan d’urgence pour les équipements publics (5 millions), les places en crèche (3,8), la santé (3,5), la cohésion sociale (2) et les équipements sportifs (1,4).

Les réactions

Sans surprises, elles sont diverses. Patrick Mennucci, le candidat socialiste à la mairie de Marseille, y voit « le plus grand effort jamais effectué pour une ville française ». Rentrée dans le rang après avoir fait huer le nom du premier ministre au soir du second tour des primaires, Samia Ghali a estimé : « Aujourd’hui, Marseille et les Marseillais ont gagné l’aide de l’Etat, c’est un juste retour des choses ».

Jean-Claude Gaudin joue l’équilibriste. S’il s’agit de « bonnes nouvelles pour les Marseillais », le maire sortant y discerne « la reconnaissance et la poursuite de projets que je porte, depuis longtemps, avec ma municipalité » (sic). La visite du premier ministre n’en était pas moins « une tournée électorale destinée à soutenir le candidat socialiste ». Et Gaudin de jouer les « monsieur Plus » : il aurait voulu que le chef du gouvernement s’attaque à « des problèmes plus immédiats » : « l’avenir de la SNCM (…) avec ses 3 000 emplois directs ou induits, la participation de l’Etat au financement du Bataillon des Marins-Pompiers que la Ville assume pour 70 millions d’euros, le fonctionnement de l’Opéra qu’avec 400 000 euros l’Etat aide misérablement (…), le Boulevard Urbain Sud dont toute la population du Sud et de l’Est de notre Ville connaît l’absolue nécessité ou encore le Stade Vélodrome pour lequel nous attendons toujours le versement des 28 millions d’euros promis par l’Etat » ainsi que « déblocage du budget d’Euroméditerranée ».

Côté Front de gauche, Jean-Marc Coppola a trouvé un point de satisfaction: le principe de prolongement du métro et du tramway. « C’est une belle victoire de la mobilisation populaire enclenchée par la campagne de pétition lancée par les communistes des quartiers Nord et signée par des milliers de citoyens. Toutefois, seules des études sont évoquées et aucun engagement financier concret de la part de l’Etat. » Pour le reste, il se montre plus critique: « Le Premier ministre est venu à Marseille présenter son catalogue de Noël. Cette avalanche de propositions nécessite un tri entre les projets déjà en cours et le reste. Si le coût total des mesures annoncées s’élève à 3 milliards, il n’en est rien de la réelle participation de l’Etat. C’est une nouvelle fois les collectivités locales qui risquent de faire les frais de ce subtil habillage de l’austérité gouvernementale. »

 

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Territoire métropolitain : ce que nous apprend le diagnostic de l’INSEE

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Parlons un peu d’autres choses que des primaires socialistes. L’INSEE a présenté il y a quelques jours une analyse sur « la métropole Aix-Marseille-Provence » (dont vous retrouverez ici les grandes lignes http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?reg_id=5&ref_id=20320).

A priori, rien de neuf sous le soleil. Le territoire connaît un déficit d’emplois, les déplacements se font massivement en voiture, la périurbanisation se poursuit encore et toujours. Bref, « un territoire fragmenté », comme le titre l’INSEE. Il y a tout de même deux, trois faits si ce n’est relativement nouveaux du moins notables.

Le ralentissement de la croissance démographique

Elle est passée de 0,8% par an sur la période 1999-2006 à 0,4% par an entre 2006 et 2010. Le solde migratoire est devenu négatif : le territoire métropolitain a perdu 12500 habitants entre 2003 et 2008. Si 131000 arrivées ont été enregistrées, elles n’ont pas compensé les 143500 départs. Le solde naturel est désormais le seul carburant de la démographie locale.

Au sein de la zone, se dessine une forme de redistribution : Marseille et Aix sont en déficit migratoire alors que les territoires d’Aubagne et Salon accueillent beaucoup plus de nouveaux arrivants qu’ils ne doivent subir de départs.

Au passage, notons que si Marseille est redevenue « attractive », comme le répète la municipalité sortante, elle est également « répulsive ». Pour le dire de manière moins « bashing », la capitale régionale fonctionne plus comme une sorte d’Ellis Island de la Provence : un point d’entrée plus que d’arrivée de nouveaux habitants qui, dans un deuxième temps, vont s’installer dans le périrubain. Pour Marseille, entre 2003 et 2008, le solde est négatif : 16000 départs de plus que d’arrivées.

Un déficit d’emplois moins important que communément évoqué

Le thème du déficit d’emplois de la zone métropolitaine est devenu une constante du discours de l’opposition socialiste. Patrick Mennucci et Eugène Caselli parlent de 100000 emplois manquants. Marie-Arlette Carlotti, elle, avance le chiffre de 122000. L’INSEE a bâti un « référentiel » avec les données de quatre métropoles (Lyon, Lille, Bordeaux, Toulouse) qui jouent, grosso modo, dans la même cour que Marseille. Pour atteindre le taux d’emploi moyen de ce « référentiel » (64% contre 59% pour Aix-Marseille), il faudrait créer 62000 emplois. Au-delà de cette faiblesse, Vincent Fouchier,  le directeur de la mission Métropole note un atout : « Nous avons ici des types d’emplois que d’autres n’ont pas : ceux liés à l’activité portuaire. »

Un problème marseillais ou un problème métropolitain ?

Si, sur telle ou telle statistique, chacun des six territoires intégrés par loi dans une même métropole peut s’approcher de la moyenne du « référentiel », aucun ne dispose de la « panoplie complète ».

Taux d’emploi : seul le pays d’Aubagne (63,9%) arrive au niveau du référentiel qui est également la moyenne Française. Toutes les autres zones sont en-dessous, y compris – oh, surprise – la zone de Fos (61,5) et celle d’Aix (61,7). Marseille (56,2).

En matière de cadres des fonctions métropolitaines (anciennement dénommés Emplois métropolitains supérieurs), c’est Aix qui tire son épingle du jeu (13,6% contre 12,4% pour le référentiel et 10,4% à Marseille).

Pour la part des sans diplômes, seul Aix (11,6%) se situe dans les eaux du référentiel (12%), alors que Marseille (18,7%) et le Pays de Martigues (17,7%) sont très en retard.

Tous sont en revanche, presque également, touchés par le fléau de la domination de la voiture.

A la fin de la conférence de presse de présentation de cette étude, nous avons posé deux questions simples à Laurent Théry, préfet délégué en charge du projet métropolitain.

Cette étude ne montre-t-elle pas que si « problème «  de développement économique et social il y a, il concerne toute la zone métropolitaine pas seulement Marseille, même s’il est plus aigu dans cette ville ?

Réponse : « Oui ».

N’y a-t-il pas du coup une sorte d’erreur originelle dans le discours pro-métropole consistant à dire : « Il faut aider Marseille. »

Réponse : « Oui, sans doute. »

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Mennucci, leader d’un PS désuni

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(Article publié dans l’Humanité du 22 octobre 2013)

On savait qu’il y avait deux Marseille, ville meurtrie par les inégalités. On se demande désormais si, à Marseille, il n’y a pas deux PS. La question se pose légitimement après une campagne de deuxième tour tendue comme jamais entre les deux finalistes. Le point culminant a été atteint dimanche soir après l’annonce des résultats, consacrant Patrick Mennucci tête de liste du PS, avec 13399 voix (57,16%) contre 10044 voix (42,84%) à Samia Ghali. Alors que le député prononçait, dans les locaux de la fédération socialiste, son discours d’ « intronisation », des militants favorables à Samia Ghali, scandaient, en fond de salle : « Samia, Samia ». Puis : « Ayrault, démission ». « Seule contre Matignon », crie l’un d’eux. Quelques minutes auparavant, dans un bar du Vieux-Port, son QG d’un soir, la candidate avait parlé « de la victoire non pas d’un seul homme mais de cinq candidats plus le gouvernement.» Les sifflets contre le premier ministre puis le président de la République allaient devenir la chose la mieux partagée du « camp » Ghali.

A la tribune, Mennucci veut croire au rassemblement. Peut-être se fera-t-il. Mais, pour l’heure, la réconciliation est encore en papier maché. A côté de lui, le regard perdu de Sami Ghali s’emplit de larmes que l’on devine plus de colère que de tristesse. Ses partisans, eux, ne mâchent pas leurs mots. « Parti de fachos », éructe un type bâti dans le granit. « Jamais, on ne votera pour Mennucci », lâche un papy sous l’œil gourmand d’une caméra qui ignore une jeune femme, répétant : « Vous la voyez comme une beurette, mais elle est Française ». « On votera Gaudin », s’égare un jeune militant.

Les propos de Marie-Arlette Carlotti, dimanche dernier, ont profondément blessé une grande partie de l’électorat de Samia Ghali. La ministre mettait en cause un clientélisme qui fonctionnait à plein et une organisation qu’elle qualifiait de « paramilitaire ». Durant toute la semaine, on a entendu, dans les quartiers nord, le même type de réaction: « C’est toujours nous, le problème. La pauvreté, les ghettos, la drogue. Même quand on va voter, on est le problème ». La campagne de Samia Ghali a incontestablement joué sur ce sentiment de stigmatisation. Elle ne l’a pas créé. « On nous parle de communautarisme mais s’il existe, ce sont les politiques menées qui l’ont créé en construisant des logements sociaux dans les même quartiers, en y parquant les mêmes populations d’origine immigrée », explique Yacine, militant associatif de longue date.

L’exécutif ne sort pas indemne de ce processus qu’il a tant voulu. Certes, son favori du second tour a dominé mais le bilan de plusieurs semaines de primaires est assez accablant. Une ministre, Marie-Arlette Carlotti, qui échoue dès le premier tour. Une finaliste, Samia Ghali, opposante à la métropole dont le poids politique sort renforcé, qui ne cesse d’attaquer le gouvernement sur le manque de moyens mis à disposition de Marseille. Une participation inespérée (24000 électeurs au second tour contre 20700 pour le 1er) mais reléguée au second plan par une fracture que ne soignera pas la pommade de la formule de Patrick Mennucci : « Le petit-fils d’immigrés italiens que je suis mènera son combat avec toi, la fille d’algériens. Marseille c’est la communauté de tous les marseillais ».

Au final de ce processus-psychodrame, les électeurs ont donc choisi le candidat qui avait, au préalable, le plus de légitimité pour endosser le costume : celui qui, en conseil municipal, ferraille avec le maire sortant depuis une décennie, celui qui, en 2008, a pris à la droite la mairie d’arrondissement du centre-ville puis, en 2012, la circonscription du cœur de Marseille. « Cela s’est joué sur « Stop ou encore à Gaudin » pas « Stop ou encore à Guérini », sinon Marie-Arlette aurait gagné », analyse un cadre de la fédération socialiste.

Mais le paradoxe n’a échappé à personne : le processus des primaires censé légitimer le candidat face à Gaudin n’a, pour l’instant, pas entamé le capital politique du maire UMP au pouvoir depuis dix-neuf ans. Ce dernier s’est d’ailleurs délecté du « triste spectacle » et des « affrontements internes au Parti socialiste (qui) ont porté atteinte à l’image de Marseille.» La candidature du maire sortant ne fait plus de doute. Demeure l’incertitude de la date de sa déclaration.

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Cinq idées reçues sur Marseille

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Comme la vérole sur le bas clergé, stéréotypes et clichés s’abattent sur Marseille. Tentative de déconstruction avec cet article publié dans l’Humanité Dimanche du 17 octobre 2013.

La formule fait mouche. « J’ai parfois l’impression que les journalistes parlent de Marseille comme Sarkozy parlait de l’Afrique ». Elle est signée André Donzel, sociologue, l’un des plus fins connaisseurs de Marseille. Il y a deux ans, dans les colonnes de l’Humanité, le cinéaste Robert Guédiguian s’insurgeait : « C’est toujours la mauvaise réputation. C’est toujours l’air de la Calomnie. On disait ça de Marseille il y a deux siècles ou trois ou dix. Parce que c’était une ville frontière et presque hors la frontière. Si on la pousse à la mer, en Méditerranée, cette ville n’est pas en France. Il y a quelque chose qui sent mauvais, toujours, dans cette ville. Il y a quelque chose de la cour des miracles, de populaire, de voyou, de canaille, d’étranger, bien sûr. Donc, cette mauvaise réputation se poursuit. »

L’homme de recherche et l’homme de cinéma disent la même chose : Marseille la ville populaire, insoumise, cosmopolite est perpétuellement affublée des pires stéréotypes. Ceux-ci ne sont pas que le fruit d’une certaine paresse intellectuelle. Ils constituent la pierre angulaire d’un discours de stigmatisation des plus démunis et de repli identitaire.

Alors que la campagne pour les élections municipales commence avec, dimanche 20 octobre, le second tour des primaires socialistes, il semble plus utile que jamais de briser les reins de quelques-unes de ces idées autant reçues que fausses.

 « Marseille, ville pauvre »

En effet, 28% des habitants de la deuxième ville de France vivent sous le seuil de pauvreté tandis que la moitié ne sont pas assujettis sur l’impôt. Mais si l’on élargit la focale, on s’aperçoit que cette « ville pauvre » est aussi une « ville de riches ». Après Paris, Neuilly et Lyon, Marseille est la ville de France qui compte le plus de contribuables soumis à l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) : en 2010, 6 635 aux dernières nouvelles pour un patrimoine moyen de 1,73 million d’euros. Soit un total de 11,5 milliards.

« Marseille n’est pas une ville pauvre mais une ville inégalitaire », rappelle  André Donzel (1). Elle est même la plus inégalitaire des grandes métropoles françaises, si l’on s’en tient à l’instrument de mesure constitué par le coefficient de Gini. Avec 0,436 (pour une moyenne de 0,289 en France), Marseille s’inscrit dans la moyenne… des Etats-Unis et s’avère posséder une structure sociale aussi inégalitaire que celle de Los Angeles. « L’écart continue de se creuser, analyse le chercheur. On est passé de 1 à 10 en 2000 à 1 à 15 aujourd’hui ».

Ce fait apporte un éclairage particulier à la question de l’insécurité. Les grandes métropoles où se déploient les violences sont également les plus inégalitaires : Rio de Janeiro, Johannesburg, Los Angeles.

« Marseille, capitale du crime »

Le traitement  médiatique des règlements de compte pourrait laisser penser que Marseille, sous la coupe réglée de bande de trafiquants armés jusqu’aux dents, est à feu et à sang. Il ne s’agit évidemment pas de minorer ou banaliser l’assassinat de jeunes gens mais il faut constater que l’activité criminelle à Marseille est aussi vieille que le développement du port de commerce au milieu du XIXe siècle. Après une baisse dans les années 90 et 2000, le nombre de « règlements de compte entre malfaiteurs » (dénomination officielle de la statistique) retrouve, depuis plusieurs années, ses niveaux des années 80. Pour le reste des catégories statistiques concernant les « homicides et tentatives d’homicides pour voler ou à l’occasion de vols », la deuxième ville de France affiche un taux équivalent à celui de Paris, juste derrière… l’Isère. « Les règlements de compte ne sont pas l’arbre qui cache la forêt, comment le sociologue Laurent Mucchielli, fondateur de l’Observatoire régional de la délinquance et des contextes sociaux. Mais il y a bien un gros arbre… »

« La délinquance des cités, c’est la source du problème »

Là aussi, la tentation de l’amalgame est sinon tentante, du moins fortement encouragée par certains discours publics. Il semblerait parfois que les « cités » soient les grandes organisatrices du trafic de drogue. Or, elles ne servent que de relais de sous-traitance à un trafic de plus en plus mondialisé. Avec le passage de l’héroïne – la fameuse French Connection des années 50 à 70 – à la vente massive de cannabis, le grand banditisme s’est réorganisé. Il garde la haute main sur l’organisation générale mais a, selon Philipe Pujol, journaliste à La Marseillaise, « sous-traité la partie la plus difficile, la revente au détail ». Les réseaux « des cités » ne sont ainsi que des PME du trafic dépendantes des donneurs d’ordre du grand banditisme. Les règlements de compte indiquent-ils que la manne à se partager enfle ? Au contraire, souligne le journaliste, plus le gâteau est restreint, plus on s’entretue pour une part. Le développement des trafics a-t-il pour conséquence d’irriguer les cités de sommes folles, comme on peut aussi l’entendre ? En revanche, les bailleurs sociaux l’ont constaté : lorsqu’un réseau est démantelé, le nombre de loyers impayés explose le mois suivant.

« Vote FN, vote populaire »

C’est l’un des sophismes à la mode : le FN est fort à Marseille, Marseille est une ville populaire donc le FN est fort dans les quartiers et milieux populaires. Coupons court : à Marseille, le FN réalise ses meilleurs scores dans les quartiers pavillonnaires dans lesquels habitent des couples de salariés moyens, majoritairement propriétaires et dans une moindre mesure, dans les noyaux villageois à la population vieillissante. En revanche, dans les cités populaires des quartiers nord, Marine Le Pen a été systématiquement devancée, lors des présidentielles de 2012, par Jean-Luc Mélenchon.

« Le socle historique du FN en Paca, c’est la petite bourgeoisie (artisans, commerçants, petits chefs d’entreprise) et les rapatriés d’Afrique du Nord. C’est la radicalisation d’une frange de la droite », souligne Joël Gombin, doctorant et auteur d’un mémoire sur le vote FN dans les Bouches-du-Rhône. Encore aujourd’hui, ajoute-t-il, « le vote FN est utilisé comme une manière de voter à droite quand on trouve la droite pas convaincante». A Marseille, le total droite-extrême droite est stable de 2007 (47,5%) à 2012 (47,2%) : Sarkozy perd sept points, soit le gain du FN. Désormais, les scores de l’extrême-droite sont plus importants dans les « banlieues » résidentielles et huppées de Marseille que dans la deuxième ville de France. Lors des élections cantonales de 2011, c’est à Ensués-la-Redonne que le parti des Le Pen a enregistré son meilleur score. Ce havre côtier est également celui qui possède le plus haut revenu moyen de la communauté urbaine de Marseille…

« Le clientélisme, c’est le guérinisme »

La justice tranchera. Le président socialiste du conseil général, Jean-Noël Guérini, a été mis en examen à trois reprises dans une affaire qui mêle trafic d’influence et détournement de fonds publics. Une partie de la campagne des primaires socialistes s’est jouée sur la rupture avec le système clientéliste. Patrick Mennucci, Marie-Arlette Carlotti et Eugène Caselli en ont fait l’un de leurs principaux arguments. La justice a déjà tranché dans un autre dossier : la députée Sylvie Andrieux a été condamnée à trois ans de prison dont un an ferme pour détournement de fonds publics au détriment du conseil régional dont elle était une vice-présidente. L’élue a fait appel.

Pour le député socialiste Patrick Mennucci, le clientélisme, c’est aussi le « gaudinisme ». Il accuse le maire sortant d’avoir établi une « cogestion » de la ville avec le syndicat FO et, dans une lettre à Jean-Claude Mailly, dénonce « l’équipe dirigeante » des territoriaux qui considère les syndiqués comme des « agents électoraux » et dévoie « l’idéal du syndicalisme de la charte d’Amiens ».

Sachant que : Gaston Defferre a fait de FO le syndicat officiel à la mairie ; Sylvie Andrieux est la fille d’un baron du defferisme ; Jean-Noël Guérini est le neveu d’un conseiller général socialiste qui lui a cédé son canton… Question : ne s’agit-il pas plutôt du procès d’un defferisme qui n’en finirait pas d’agonir ?

(1) Auteur de « L’expérience de la Cité » (éditions Anthropos)

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Sur le clientélisme…

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Il y a quelque chose dans l’air politique et médiatique qui commence à me piquer au nez. Depuis dimanche soir, encore plus que les jours et semaines précédents, le mot « clientélisme » revient comme une ritournelle, sans que l’on ne sache plus bien de quoi il s’agit.

Mais il ne revient que pour décrire l’attitude d’une candidate, en l’occurrence Samia Ghali, et caractériser de manière exclusive la relation entre élus (une élue, surtout) et la population dans les quartiers nord de Marseille.

Loin de moi l’idée de minimiser l’emprise du clientélisme à Marseille. Il est une plaie. Une gangrène, qui aspire la substance du citoyen pour le transformer en consommateur dépendant. Il ne relève pas du fantasme, ce clientélisme, puisque la justice en a porté un pan à la connaissance du public en condamnant la députée socialiste et ancienne vice-présidente du Conseil régional, Sylvie Andrieux à un an de prison ferme et cinq ans d’inéligibilité pour détournement de fonds publics à des fins clientélistes. Elle a fait appel. Voilà un fait. La justice poursuit également ses enquêtes – dans lesquelles manifestement le clientélisme tient une part de plus en plus mineure face à des faits bien plus graves dans leur qualification juridique – concernant Jean-Noël Guérini, le président du conseil général. Voilà un autre fait.

Pour bien combattre la chose, encore faut-il bien la définir.

Lors de la série d’entretiens réalisé avec quatre des candidats aux primaires (lire ci-dessous), j’avais posé les mêmes questions à tous les candidats (voir plus bas). Parmi lesquelles, celle-ci : « On parle souvent de clientélisme. Quelle est votre définition ? » Patrick Mennucci avait livré la définition, me semble-t-il, la plus structurée et la plus juste : « C’est quand on sollicite ou obtient une prestation, un emploi, un logement en échange non de ses compétences ou de son droit mais du soutien que l’on apporte à la personne qui vous le donne ». Il aurait pu ajouter : « quand on offre »… Mais partons, tout de même, de là.

Lors d’une première déclaration, dimanche à 20h30, Marie-Arlette Carlotti a dénoncé « un fonctionnement à plein régime du clientélisme ». Qu’a donc à offrir Samia Ghali aux électeurs qui sont venus en très grand nombre dans les bureaux de vote des quartiers nord ? En tant que sénatrice, rien, à ma connaissance. En tant que maire d’arrondissements, guère plus, tant la fonction est vide de toute prérogative d’action concrète (logement, crèche). Des promesses-en-cas-de-victoire ? Peut-être. Je n’en ai pas été témoin mais peut-être. Un article de Médiapart a relaté, récemment, les doutes qui pèsent sur l’attribution de subventions du conseil régional au cousin de Samia Ghali pendant que celle-ci était vice-présidente du Conseil régional. Voilà encore un autre fait.

Autre question : en quoi est-ce clientéliste, au sens premier du terme, d’organiser le transport d’électeurs depuis leur domicile vers le bureau de vote ? « Moralement condamnable » ? C’est ce qu’a considéré René Stefanini, le secrétaire général de la Haute autorité des primaires. Mais clientéliste ? (Ma sollicitation auprès de l’équipe de Marie-Arlette Carlotti pour une « explication de texte » est restée sans suite).

La « fièvre civique » dont se moque Olivier Mazerolle dans la Provence, de ce matin, relève-t-elle du communautarisme ? Encore faudrait-il prouver que Samia Ghali a utilisé l’argument « venez voter pour moi parce que je suis arabe comme vous » plutôt que « venez voter pour moi parce que je suis une élue de proximité, je connais vos problèmes » ? Dans l’entre-deux, on peut formuler l’hypothèse qu’elle puisse également dire : « Venez voter pour moi parce que je suis des vôtres ». Des vôtres ? Socialement ? « Ethniquement » ? Je suis issue, comme vous, de ces quartiers ?

En tant que journaliste, j’ai recueilli, à plusieurs reprises, des témoignages de personnes m’affirmant que Samia Ghali jouait de cette corde « communautariste ». Je n’en ai pas été témoin mais je rapporte ici leur existence.

Tout comme j’ai recueilli, à de multiples reprises, des témoignages de personnes ayant vu et entendu Henri Jibrayel, conseiller général et député, dire qu’il allait régler pour la subvention de l’association d’untel, demander à tel autre si sa demande de logement avait bien aboutie comme prévu… Je n’en ai pas été témoin mais je rapporte ici leur existence.

Henri Jibrayel a apporté, dès dimanche soir, son soutien à Patrick Mennucci, héraut proclamé de la lutte anti-clientéliste. Il me semble que le fait a été plutôt remarquablement ignoré par la presse. Dans l’entourage du député arrivé deuxième du premier tour, on fait valoir trois arguments : nous ne refusons pas son soutien mais nous n’en faisons pas un argument (précision apportée samedi 19 octobre: Henri Jibrayel a été de toutes les initiatives publiques de Patrick Mennucci durant l’entre deux tours et une réunion publique a même été organisée dans son « fief » de Sainte-Henri. Difficile de prétendre que l’on n’en fait pas un argument…); il n’y a aucune négociation sur la ligne politique qui reste celle, notamment, de la lutte contre le clientélisme; son ralliement sur cette base engage Jibrayel…

Pour en revenir à Samia Ghali, aux quartiers nord et pour élargir un peu la focale… Peut-on envisager, un moment que, chez ces électeurs des quartiers nord (dans leur grande majorité membres des catégories populaires héritières de l’immigration) qui ont voté dimanche, , le sentiment d’abandon, de relégation, de stigmatisation se transforme en fierté d’exister politiquement, d’être représentés, d’enfin compter pour un ? Que, dans la complexité des mentalités et les difficultés de la vie quotidienne, cela puisse, chez certains, s’accompagner d’un intérêt personnel envisagé ? Que, peut-être, sûrement même, des élus les utilisent comme chair à canon électorale, comme une « clientèle » captive ?

Ce qui est certain, en tout cas, c’est que Marie-Arlette Carlotti a sacrément raison lorsqu’elle dit : « Quand il n’y a pas de politiques publiques cohérentes, égalitaires, pour tous, on remplace par le clientélisme ».  Marseille attend toujours…

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Tout (ou presque) sur les résultats du 1er tour des primaires

PARTICIPATION : 20731 votants

Commentaire : nous évoquions lors d’un précédent post « le spectre de la démobilisation générale ». Il a été conjuré dans des proportions qui ont étonné jusqu’aux organisateurs et candidats. Les plus optimistes tablaient sur 15000. Plus de 20000, c’était quasiment inespéré. Il faut croire que la volonté de changement de majorité municipale est telle parmi l’électorat de gauche qu’il a passé outre le climat de déception-désillusion-démobilisation créé par la politique du gouvernement.

(Pour les résultats officiels : http://resultats.lesprimairescitoyennes.fr/marseille/)

PARTICIPATION PAR SECTEUR

En nombre absolu de votants

13-14 : 4167

15-16 : 3468

1-7 : 3206

11-12 : 2613

6-8 : 2277

4-5 : 1988

9-10 : 1851

2-3 : 1617

En pourcentage (par rapport au corps électoral de la présidentielle 2012. Nous ne disposons pas du nombre d’inscrits pour cette année. Cela pourrait faire varier les chiffres, pas la hiérarchie).

15-16 : 7,58%

1-7 : 7,52%

13-14 : 5,19%

2-3 : 5,15%

Moyenne pour l’ensemble de la ville: 4,28%

4-5 : 3,72%

11-12 : 3,47%

6-8 : 2,94%

9-10 : 2,36%

Commentaire : les deux finalistes ont évidemment mobilisé dans leur secteur puisque l’on retrouve les meilleurs taux de participation dans les « 15-16 » (mairie de secteur dirigée par Samia Ghali) et « 1-7 » (mairie de secteur dirigée par Patrick Mennucci). Il valait donc mieux être maire de secteur que ministre, dimanche soir. Marie-Arlette Carlotti est bien implantée dans le « 4-5 » puisque son canton des Cinq-Avenues (elle y est élue depuis 1998) se situe en plein cœur de son territoire de même, évidemment, que la 5ecirconscription dans laquelle elle a battu Renaud Muselier en juin 2012. Cela n’a pas suffi, loin s’en faut puisque le taux de participation dans le « 4-5 » est inférieur au taux de la ville et qu’en nombre d’électeurs, ce secteur arrive en 6e position sur 8, ne devançant que les deux secteurs les plus à droite de la ville… A-t-elle payé l’impopularité du gouvernement ? Pour ce parlementaire PS croisé devant le siège de la fédération, dimanche soir, aucun doute : « Il y a une forme de sanction du gouvernement, évidemment ».

RESULTATS PAR SECTEURS

1-7 : Mennucci (41,57%), Carlotti (21,64%), Caselli (11,07%), Ghali (6,89%), Masse (3,52%)

2-3 : Mennucci (28,75%), Ghali (19,48%), Masse (16,69%), Caselli (16,32%), Carlotti (14,65%)

4-5 : Carlotti (45%), Mennucci (19%), Caselli (15,74%), Masse (9%), Ghali (7,5%)

6-8 : Carlotti (32,14%), Mennucci (27,44), Caselli (22,22%), Ghali (9,61%), Masse (6,71%)

9-10 : Caselli (26,25%), Carlotti (22,2%), Mennucci (20,2%), Ghali (16,58%), Masse (11,93%)

11-12 : Masse (27,24%), Caselli (20,1%), Ghali (16,8%), Carlotti (15,76%), Mennucci (13,96%)

13-14 : Ghali (35,7%), Masse (28%), Caselli (14,73%), Mennucci (9,35%), Carlotti (8,5%)

15-16 : Ghali (54,12%), Jibrayel (16,43%), Caselli (9,94%), Mennucci (8,24%), Carlotti (6,25%),

POIDS DES SECTEURS DANS LES SCORES

Voici le score réalisé par chacun des candidats avec sa « ventilation » géographique. A la reprise des secteurs municipaux, nous avons préféré redécoupé la ville en quatre zones: le centre-ville (1-2-3-4-5), le nord (13-14-15-16), le sud (6-7-8-9) et l’est (10-11-12). Le découpage peut évidemment prêter à discussion. Pourquoi ne pas avoir rattaché le 6e au « bloc » centre-ville ? Il nous a semblé qu’au-delà de sa géographie, son profil social, sociologique et électoral le rapprochait plus du bloc « Sud ».

Il faut lire les chiffres donnés comme un « camembert ». Exemple : Samia Ghali a réalisé 65% de ses voix dans les quatre arrondissements des quartiers nord. Nous avons également ajouté la part des voix obtenue par les candidats dans leur secteur d’élection, afin de juger de l’impact de leur implantation.

Samia Ghali : 5151 (25,25%)

Nord (65,32%), Sud (9,33%), Est (12,91%), Centre (11,68%), 15-16 (36,5%)

Patrick Mennucci : 4212 voix (20,65%)

Nord (16%), Sud (37,93%), Est (10,96%), Centre (35,13%), 1-7 (31,64%)

Marie-Arlette Carlotti : 3982 voix (19,52%)

Nord (14,36%), Sud (33,75%), Est (13,48%), Centre (37,69%), 4-5 (22,5%)

Eugène Caselli : 3380 voix, (16,57%)

Nord (28,37%), Sud (30%), Est (21,42%), Centre (20%), 2-3 (7,81%)

Christophe Masse : 2915 voix (14,29%)

Nord (43,43%), Sud (11,32%), Est (27,61%), Centre (17,63%), 11-12-13 (59,8%)

Commentaire : sans surprise, Samia Ghali est celle dont la terre d’élection a le plus compté dans le score (36,5%), mais à peine plus que Patrick Mennucci (31,5%). La sénatrice a surtout fait la différence dans les « 13-14 » (où « règne » Sylvie Andrieux, la députée condamnée, en première instance, à un an de prison ferme et cinq ans d’inégibilité dans une affaire de détournement de fonds publics du conseil général à des fins clientélistes, qui après avoir soutenu puis lâché Eugène Caselli a fait la campagne de Ghali) où elle compte 1100 voix d’avance sur le député du centre-ville. On retrouve le déficit de Marie-Arlette Carlotti dans les « 4-5 » qui ne pèsent qu’un petit quart de son score total. De tous les candidats, Christophe Masse est celui dont le score repose le plus sur son « fief » certes très peuplé. Notons qu’Eugène Caselli s’avère être le candidat le plus « complet ».

ET POUR LE SECOND TOUR ?

« C’est dans la poche pour Mennucci ». Personne ne l’a encore écrit de manière aussi franche, mais c’est un sentiment qui domine parmi nombre d’observateurs et parmi quelques équipes de candidats (devinez lesquels). Les ralliements de Marie-Arlette Carlotti (surtout) et d’Henri Jibrayel (pour la symbolique, vu son score) ont légitimé un peu plus le député du centre-ville dans sa posture de favori.

Christophe Masse et Eugène Caselli détiennent également une partie de la réponse. Leur refus s’appeler à voter pour l’une ou l’autre ne fait que le souligner un peu plus. Le premier n’a jamais fait de la lutte contre le clientélisme l’alpha et l’omega de sa campagne (euphémisme). Tout comme Samia Ghali. Le second s’est publiquement affronté à Patrick Mennucci sur le rôle du syndicat Force Ouvrière. Leur « appel » pèsera sans doute dans la balance. Mais, peut-être pas autant que la mathématique ne pourrait le laisser supposer. Nous y reviendrons.

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Primaires PS: le spectre de la démobilisation générale

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Une semaine après le scrutin cantonal de Brignoles, la désaffection de l’électorat de gauche pourrait marquer le premier tour, dimanche, du processus de désignation du candidat socialiste à la mairie de Marseille.

Comme toujours, l’arrière-saison a des goûts d’été mais une poignée. Pourtant, une poignée de Marseillais se retrouvent perdus dans un brouillard digne d’un « fog » londonien. Ils ont pour nom Carlotti, Mennucci, Ghali, Caselli, Jibrayel et Masse. Guides et aides de camp ont beau sortir cartes et lampes torches, le groupe n’y voit pas à un mètre. Comprendre : personne n’est en capacité d’assurer un chiffre de participation au 1er tour des « primaires citoyennes » qui se déroule dimanche 13 octobre. Une certaine fébrilité commence donc à gagner les équipes des candidats, sentiment qui n’est disputé que par l’incompréhension à l’égard de l’attitude de la direction nationale du PS. La campagne d’affiche annoncée ? Annulée. « On nous a finalement expliqué qu’il n’y en aurait pas car il aurait fallu intégrer aux frais de campagne du candidat désigné», témoigne l’un des candidats. De façon assez inexplicable, le pouvoir semble faire peu de cas du fait que la crédibilité d’une ministre – Marie-Arlette Carlotti, en l’occurrence, favorite des sondages – soit engagée… Peu informé, le citoyen marseillais désireux de voter devra se livrer à une autre chasse au trésor : trouver le bureau de vote, un seul par arrondissement, soit pour 50000 habitants en moyenne. Depuis dimanche soir, les mines se renfrognent encore un peu plus : l’électorat de gauche est resté à la maison à Brignoles, pourquoi sortirait-il à Marseille ?

27000 électeurs avaient participé aux primaires pour la présidentielles. Le rêve de se rapprocher de cette « jauge » a duré le temps d’un retour à la réalité. Puis, la barre a été ramenée à 20000. Puis à 15000. Le chiffre de la semaine ? 10000. « On mobilise les nôtres mais on croise les doigts », avoue un conseiller de l’un des favoris. « En-dessous de 10000, cela veut dire que dès dimanche, on a quasiment perdu les municipales », s’inquiète un proche d’un autre candidat. Elles n’étaient déjà pas gagnées d’avance…

Moins les électeurs s’annoncent nombreux, plus les rumeurs sur les agissements des réseaux « obscurs » galopent. Bref, tout le monde cherche à savoir où se trouve la « main invisible » de Jean-Noël Guérini, mis en examen à trois reprises par le juge Duchaine, en retrait du PS mais toujours président du Conseil général. On a vu son ombre planer sur la candidature-surprise de Christophe Masse. On le dit maintenant plaçant toutes ses forces derrière Samia Ghali, la sénatrice et maire des quartiers Nord. Toujours sans preuves.

Le thème du « clientélisme » a occupé une place centrale dans cette campagne des primaires. La ministre Marie-Arlette Carlotti, dont les demandes répétées d’exclusion de Jean-Noël Guérini du PS restent sans écho rue de Solférino, le député Patrick Mennucci et le président de la communauté urbaine de Marseille Eugène Caselli pourfendent régulièrement le « système clientéliste » qu’ils entendent mettre à bas via une « nouvelle gouvernance ». Ce « front commun » s’est pourtant lézardé sur la question du rôle de Force ouvrière, le syndicat « officiel » depuis l’ère Defferre. Lors du dernier débat, lundi soir, une passe d’armes a opposé Mennucci et Caselli, le premier accusant de ne pas l’avoir nommé vice-président à la propreté sur la base d’un refus de FO, le second jurant « les yeux dans les yeux » qu’il n’en était rien. Sur ce thème aussi, Samia Ghali cultive sa différence. Elle n’utilise jamais le mot et l’assume. « C’est quoi le clientélisme ? Quand c’est dans certaines classes, on se rend service. Quand c’est pour les pauvres, c’est du clientélisme. On ne combat pas le clientélisme avec des mots mais avec des politiques publiques».

Frictionnel sur le clientélisme, le débat entre camarades a viré à la course à l’échalote dès que le mot « insécurité » a été prononcé. Samia Ghali s’entête à vouloir faire appel à l’armée. Eugène Caselli verrait bien des drones dans le ciel de Marseille. Henri Jibrayel envisage une unité d’élite dans le genre SWAT de Los Angeles tandis que Christophe Masse a estimé qu’il n’était pas « dans la nature des Roms » (sic) de vouloir s’intégrer. Sur ce thème, c’est Mennucci qui s’est distingué en ne dégainant aucune mesure rocambolesque et en proposant un plan d’intégration de 1000 Roms à Marseille. Marie-Arlette Carlotti, elle, se veut « intraitable avec l’insécurité comme avec les causes de l’insécurité ».

Finalement, ils se sont tous retrouvés pour dénoncer la politique de Gaudin, la ville divisée et morcelée qu’elle produit. Tous ont produit des propositions en matière de développement économique, de vie culturelle, de « vivre ensemble », qui viennent s’échouer, comme autant de vagues, sur le récif incontournable des moyens. Prenons la question centrale des transports. Samia Ghali et Eugène Caselli s’adressent directement à l’Etat : la première demande trois milliards en douze ans, le second deux milliards dans un « fonds d’amorçage ». Patrick Mennucci estime que l’Etat ne mettra pas un sou supplémentaire à ce qu’il a déjà prévu pour la gare Saint-Charles et la rocade L2 et qu’il faudra en passer par un emprunt à l’échelle métropolitaine. Marie-Arlette Carlotti, a tellement intégré le « sérieux budgétaire » du gouvernement qu’elle milite pour «une réorientation vers des projets moins coûteux : je ne propose pas une grande extension du métro car cela coûte très cher. » Nous voilà bien loin du « plan Marshall » pour Marseille, proposé par Ségolène Royal lors de sa campagne présidentielle de 2007. Autre temps, autres promesses, autre engouement.

(Article publié dans l’Humanité daté du 10 octobre 2013)

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