Pourquoi Gaudin part-il si tôt en campagne?

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22 novembre 2013 : pas grand monde, parmi les responsables politiques ou les observateurs, n’aurait misé sur cette date. En début de semaine, l’on parlait d’une annonce officielle en 2014. Nous sommes en 2013 et encore loin de la prochaine. Et voilà Jean-Claude Gaudin qui s’est officiellement déclaré candidat à un quatrième mandat. Pourquoi partir si loin du but ? Plusieurs pistes peuvent être explorées, comme vous le lirez ci-dessous. Sur le timing précis, de deux choses l’une : ou les choses étaient bien préparées et le secret bien gardé ou… elles ont été accélérées pour des raisons encore obscures (pour moi). A moins que le sondage BVA du début de semaine, donnant Mennucci devant Gaudin (41% contre 40 et 19 au FN, au second tour) n’en constitue une.

Le souvenir du coup de chaud de 2008

Ce devait être une campagne courte si ce n’est éclair. Maire depuis treize ans, Jean-Claude Gaudin allait se lancer dans l’arène à cinq ou six semaines du but (1er tour prévu le 9 mars). Soit fin janvier, début février. Les courbes de popularité descendantes de Nicolas Sarkozy, président depuis mai 2007, n’inquiétaient pas outre mesure les stratèges de l’équipe Gaudin. Jean-Noël Guérini était bien en campagne depuis septembre mais la municipalité sortante pensait qu’il boxait largement dans le vide. Et puis, le bilan était bon. Enfin, c’est ce que pensaient le maire et son équipe. Pas forcément, les Marseillais qui, à  60% des personnes interrogées, selon un sondage, appelaient à un changement « en profondeur » l’action municipale. Puis, presque de manière insensible, le score de la droite dans les sondages s’est effrité. Jusqu’à ce que cela devienne sensible. Branle-bas de combat, calendrier chamboulé, entrée en campagne avancée, précipitée et bafouillée, rectification in extremis et victoire sur le fil dans le secteur de Renaud Muselier, aujourd’hui retraité de la politique.

C’est certainement cette erreur que Gaudin ne voulait pas réitérer. Quitte à la corriger par l’excès inverse : se lancer de loin, très loin. Mais il y a des raisons à cela qui tiennent, en fait, deux bombes à désamorcer.

74 ans dont 48 de conseil municipal et 19 ans de magistrature suprême: le soupçon de la double usure

En début de campagne en 2008, Gaudin ne parlait que de son bilan. Avant de se rendre compte que cela ne ferait pas la maille. Il a donc commencé à parler projet et propositions. Il fera, sans doute, de même cette année tant il semble vrai que l’on n’est jamais élu sur un bilan, même si on peut être battu sur celui-ci (voir ci-dessous). Sauf que… Plus le temps passe, plus les propositions apparaissent comme un catalogue de ce qui n’a pas été fait. Cela vaut pour Jean-Claude Gaudin comme pour tout maire qui sollicite un quatrième mandat. Quel est le sens d’une candidature après vingt ans (dix-neuf, pour être précis) de pouvoir ? Que fera-t-il qu’il n’a déjà fait ? Pourquoi fera-t-il ce qu’il n’a pas fait ? Autant de questions qui viennent spontanément à l’esprit d’une grande partie des électeurs. D’autant que s’ajoute le soupçon de l’usure personnelle. A 74 ans, il répond : « Je ne vois pas pourquoi on voudrait mettre les gens de plus de 70 ans dans des maisons de retraite. » Entre la maison de retraite et la plus haute fonction politique de la deuxième ville de France, cela laisse de la marge, tout de même… Quant à l’usure politique, Jean-Claude Gaudin tente de contourner l’obstacle : « Il faut donc de la durée dans la gestion municipale », argumente le maire sortant (entré au conseil municipal en 1965 sous le magistère de Gaston Defferre) dans les colonnes de La Provence. L’argument est donc: laisser moi mener à bien ce que j’ai entamé. Et c’est bien la grande faille de la candidature Gaudin : ce qui a été entamé depuis 1995…

Le bilan de « Jean-Claude Tout Va Bien »

Il va évidemment s’écrire des milliers de lignes sur le bilan Gaudin. « 18 ans entre progrès et exclusion », écrit La Provence du jour. D’un côté, on trouvera la capitale européenne de la culture et le Mucem, l’augmentation du nombre de touristes et de croisiéristes, le tramway et les projets immobiliers (pléthoriques, il est vrai). De l’autre, la pauvreté (28% des habitants vivent en-dessous du seuil de pauvreté), les trafics de drogue et les règlements de compte, la fracture Nord-Sud. Nous aurons tout loisir, ici, de revenir sur ces thèmes centraux. Le plus intéressant sans doute est de connaître l’inventaire personnel de Gaudin ? Il n’y en a pas, justement. « Je suis le maire qui aura fait le plus pour réduire la fracture Nord-Sud provoquée par les socialistes », ose-t-il même dans La Provence. Si c’est un argument de campagne, peu d’électeurs y croiront. Si Gaudin pense ce qu’il dit, cela tourne au déni de réalité. Au même moment, dans les quartiers nord, on peut lire les affiches du candidat UMP qui résonnent comme un terrible aveu : « Notre défi, un seul Marseille ». « Votre plus grand échec ? », demande le quotidien régional. « La propreté. » Mais ça n’est pas sa faute ou à moitié, au quart. « Elle dépend de la communauté urbaine. Quand je la présidais, ça ne marchait pas trop fort sur cette question. Depuis (l’élection du socialiste Eugène Caselli en 2008, NDLR), ça va encore plus mal ». Du coup, Patrick Mennucci l’a affublé d’un surnom : « Jean-Claude Tout Va Bien ».

LE CHIFFRE

Dans l’interview publiée par La Provence, le maire de Marseille accuse la ville socialiste de Montpellier d’avoir augmenté la taxe d’habitation de 54% et l’autre ville socialiste de Nantes de 41%. « Moi, à Marseille, j’ai augmenté les impôts de seulement 2% par an », claironne l’édile, fin politique mais mauvais en mathématique puisque 2% d’augmentation par an depuis 18 ans, cela fait : + 45,68%…

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Catégories : Analyse | 2 Commentaires

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2 réflexions sur “Pourquoi Gaudin part-il si tôt en campagne?

  1. Raph

    Effectivement, sur ces chiffres des impôts locaux, que personne (à part quelques uns comme toi) ne l’ai encore relevé publiquement je trouve ça hallucinant. Il serait temps que les journalistes face leur job en lui apportant la contradiction, parce que le discours version media training de Gaudin ça va bien !

    Et à Montpellier ou Nantes (que je connais bien), on sait pourquoi on paye. Le bien vivre est visible. Ici, il faudra m’expliquer où est parti mon argent. Le Premier ministre Ayrault à raison sur ce point : quand le citoyen doute de son impôt, il y a péril en la demeure. L’heure est grave à Marseille.

  2. Raph

    Secondement, je pense que le maire Gaudin fait tout à contre cœur dans cette campagne électorale. Il ne voulait pas se représenter, mais sans aucune relève il y est obligé. Et sur la date de l’officialisation, il aurait eu intérêt à faire ça court. Tout porte à croire que des éléments extérieurs l’ont obligé à le faire hier soir.

    Un fait un pari ce soir (le dernier que j’ai fais pour l’Euromillion, j’ai perdu) : il ne terminera pas le mandat s’il est réélu. Yves Moraine, pdt du groupe de la majorité municipale, se prépare à prendre la relève.

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