Les candidats aux primaires PS au « banc d’essai » (3/4) : Samia Ghali

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Nous avons rencontré quatre des six candidats (les quatre premiers à s’être déclarés qui sont également ceux que les sondages placent en tête) aux élections primaires du PS dont le premier tour se déroule dimanche 13 octobre. Nous leur avons posé les mêmes questions articulées autour de trois grands thèmes (Inégalités-Insécurité- Clientélisme) qui se dégagent de cette campagne avec la volonté de creuser leur projet pour Marseille, en dehors de toutes considérations tactiques ou stratégiques. Publication par ordre alphabétique. Aujourd’hui : Samia Ghali, sénatrice, maire des 15e et 16e arrondissements.

 

Bio express

Née en 1968 à Marseille

Vice-présidente du conseil régional de 2004 à 2010

Marie des 15e et 16e arrondissements depuis 2008

Sénatrice depuis 2008

Son site: samiaghali2014.fr

 

Sa formule qui résume le projet : « Faire entrer Marseille dans la modernité.»

Sa première décision en tant que maire de Marseille : « Faire un état des lieux de Marseille, secteur par secteur, avec les maires d’arrondissements afin de savoir où on est dans cette ville. »

Les phrases-clés :

« Les inégalités entre le nord et le sud ont été créées par Gaston Defferre et Jean-Claude Gaudin est son vrai héritier. »

« Si vous voulez vous attaquer à la drogue, il faut autant sanctionner le client que le dealer. »

« Certains candidats qui dénoncent le clientélisme proposent des emplois en contrepartie de la campagne ou du vote. »

INÉGALITÉS

« Je suis une enfant de ces quartiers. Je suis née sous Gaston Defferre. Je sais comment on vivait. On était totalement abandonnés. Il a fallu onze morts écrasés par des trains avant que l’on construire un mur ! Aujourd’hui, un maire serait condamné pour cela. Donc, je dis, oui, que les inégalités entre le nord et le sud ont été créées par Gaston Defferre. De ce point de vue, Jean-Claude Gaudin est le vrai héritier de Gaston Defferre. Il a la même attitude. Ce que je dis sur Gaston Defferre heurte dans mon parti mais j’assume. Je ne vais jamais commémorer l’anniversaire de la mort de Gaston Defferre.

Je suis la seule à vraiment expliquer ce qu’est la fracture nord-sud. Que dans certains quartiers, ce n’est pas le quart de la population qui vit sous le seuil de pauvreté  mais la moitié. Que ceux qui vivent juste au-dessus de ce seuil ne sont pas plus riches.

En matière d’éducation, de décrochage scolaire, de santé, tous les feux sont au rouge. Tout est difficile, ici. Tout au long. Le projet ANRU au Plan d’Aou date de dix-huit ans. Ca fait dix-huit ans que l’on dit aux habitants qu’ils vont vivre dans de beaux logements. Ce n’est pas vrai. Qu’ils vont avoir une médiathèque. Ce n’est pas vrai. Un terrain sportif : ce n’est pas vrai. Pourquoi voulez-vous qu’ils continuent à croire ce qu’on leur dit. C’est bien d’avoir fait le Mucem et la Villa Méditerranée mais ne pouvait-on mettre quelques milliers d’euros pour, symboliquement, créer une médiathèque.

C’est le maire qui devrait se battre à Paris. Je suis allée voir plusieurs ministres. A chaque fois, je rencontrais Gérard Collomb (le maire de Lyon). C’est Jean-Claude Gaudin qui aurait dû être là. Nous, en tant qu’élus de terrain, on est obligés de jouer les pompiers. Ces quartiers sont une mine d’or pour la ville et on les laisse tomber par manque de vision. »

(Sur les transports)

« Je n’ai pas voté le plan présenté par Eugène Caselli  à la communauté urbaine. J’ai voté contre le tram rue de Rome. C’est facile de dire : on va faire le métro vers l’hôpital Nord. Pourquoi ne l’a-t-on pas fait, alors ?

J’ai écrit une lettre au premier ministre sur la question des transports. A Paris, ils ont eu 30 milliards d’euros. A Marseille, on ne récupère rien. La métropole va nous rapporter 15 millions d’euros par an pour 92 communes. Or, il nous faut 3 milliards d’euros pour rattraper le retard en matière de transports. J’ai demandé au gouvernement qu’il mette 250 millions par an pendant douze ans ».

INSÉCURITÉ

« Mon appel à l’armée était-il un cri ou une proposition concrète ? Je ne veux pas le prendre comme cela même si je ne regrette pas. Je m’explique : au moment où je l’ai dit, la situation était dramatique. Au pays des droits de l’homme, je ne peux pas entendre : « ils n’ont qu’à se tuer entre eux, ce n’est pas grave ». Comme on ne peut plus dire : « règlements de compte ».

Je n’ai pas demandé l’armée pour aller arrêter les dealers. Ceux qui viennent acheter  – des gens bien dans leur vie, des chefs d’entreprise, des avocats – participent du développement du trafic. Au moment où je l’ai dit, il y avait également la situation de la police (le scandale de corruption à la Bac nord, NDLR). Ce qui a déclenché mon appel, c’est la mort d’un jeune face au Lycée Nord. J’y étais et j’ai vu que les autres jeunes avaient peur. Cela faisait des années que je réclamais des effectifs supplémentaires de police. Mais tout le monde était dans le déni. Ce qui m’inquiétait, c’est la possibilité que certains en arrivent à l’autodéfense.

Marseille est le seul endroit où l’armée n’est pas dans les rues. Elle est sur les Champs-Elysées. Pas ici. La délinquance commence jeune ici. A cet âge-là, voir des uniformes peut avoir un effet dissuasif. Pour prendre la température d’un quartier, ce n’est pas idiot d’envoyer l’armée.

Pour autant, si on ne met en avant que du sécuritaire, on n’a rien compris. Il faut, en parallèle, je ne prends qu’un exemple, l’ouverture des écoles jusqu’à 19 heures. »

(Sur le statut pénal du cannabis) « Vous n’arrêterez pas les trafics avec la légalisation. Vous êtes face à des chefs d’entreprise. La délinquance s’est professionnalisée. Et on fera quoi de la coke et de l’héroïne ? Si vous voulez vous attaquer à la drogue, il faut autant sanctionner le client que le dealer. Il faut aussi se demander : pourquoi les Français consomment autant ? »

CLIENTÉLISME

« Je n’utilise pas le mot, en effet. C’est une hypocrisie. C’est quoi le clientélisme ? En fonction de qui ça concerne. Quand c’est dans certaines classes, on se rend service. Quand c’est pour les pauvres, c’est du clientélisme.

Le clientélisme ne se combat pas avec des mots. Il se combat en apportant, par exemple, du logement pour tous.

Je reçois une cinquantaine de personnes par semaine. J’ai, en attente, 500 demandes de rendez-vous. Quand les gens sont à la rue, n’ont plus de quoi manger, il ne faut pas les aider parce que c’est du clientélisme ?

Par contre, dans certains catégories sociales, cela s’appelle du relationnel quand on appelle un ami pour trouver un stage à son enfant.

Le clientélisme, c’est comme le FN, c’est le désespoir de la population. Marseille est aussi, d’une certaine façon une république bananière. C’est cela qu’il faut changer.

Je défie quiconque de dire que je fais du clientélisme. Encore que peut-être… lorsque j’aide les gens, on peut dire que je fais du clientélisme. J’assume mon rôle d’élu de débrouiller des situations.

Certains candidats qui dénoncent le clientélisme proposent des emplois en contrepartie de la campagne ou du vote.

(Question: Vous avez des noms à donner ?) Réponse: Non. »

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