Les candidats aux primaires PS au « banc d’essai » (2/4) : Eugène Caselli

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Nous avons rencontré quatre des six candidats (les quatre premiers à s’être déclarés qui sont également ceux que les sondages placent en tête) aux élections primaires du PS dont le premier tour se déroule dimanche 13 octobre. Nous leur avons posé les mêmes questions articulées autour de trois grands thèmes (Inégalités-Insécurité- Clientélisme) qui se dégagent de cette campagne avec la volonté de creuser leur projet pour Marseille, en dehors de toutes considérations tactiques ou stratégiques. Publication par ordre alphabétique. Aujourd’hui : Eugène Caselli, président de la communauté urbaine de Marseille.

Bio Express

Né en 1946 à Marseille

Cadre bancaire

Président de la communauté urbaine de Marseille depuis 2008

Site : caselli2014.fr

Sa formule qui résume le projet : « Mettre de l’égalité dans cette ville.»

Sa première décision en tant que maire : « Nommer un ou une première adjoint(e) chargée de l’emploi et de la formation des jeunes. »

Les phrases-clés :

« Le système clientéliste, beaucoup en parlent. Moi je l’ai vécu et je l’ai combattu à la communauté urbaine.»

« L’absence de métropole, c’est une erreur de Gaston Defferre. Il a été un grand maire mais il a raté un virage.»

« Sur le cannabis, je dis aujourd’hui que le débat mérite d’être posé et que je suis en réflexion sur ce sujet. »

 

INÉGALITÉS

« Cette ville est profondément inégalitaire, c’est son problème. Mon projet, c’est de réunifier le nord et le sud, la ville qui réussit celle qui est aux prises avec des problèmes économiques, urbains et sécuritaires. Cet aspect inégalitaire, je n’en avais pas autant conscience quand j’ai été élu président de la communauté urbaine en 2008. Je l’ai découvert au fil des années et je le découvre encore plus dans le cadre de cette campagne des primaires.

Il y a dans cette ville une vraie fracture sociale. Il suffit de dresser quelques constats. Le grand oublié de Marseille Provence 2013, c’est quand même le nord de la ville. Combien de piscines actives, de terrains gazonnés, de grandes infrastructures,  dans les quartiers Nord ? Depuis les zones franches, quel est le geste important qui a été fait pour les quartiers nord ?

Où sont les responsabilités ? En partie la gestion de dix-huit ans de la mairie de droite qui, en dehors de la création des zones franches, s’est peu préoccupée des quartiers en difficulté. C’est également la responsabilité des gouvernements depuis quarante ans, de gauche comme de droite, qui n’ont pas pris la mesure de la dérive urbaine de certains quartiers en pensant que les éléments de la politique de la ville s’avéreraient suffisants pour maintenir un amortisseur social.  Ils se sont trompés. Peu à peu, une économie parallèle s’est développée qui est devenue une industrie du trafic de drogues.

Autre erreur : l’absence de métropole, contrairement à Lyon, Lille ou Bordeaux, dans les années 60. Cela a été l’une des erreurs de Gaston Defferre. Il a été un grand maire mais il a raté un virage essentiel. Les deux-tiers de l’argent donné par l’Etat à ces communautés urbaines ont été investis dans les transports, ce qui a permis à ces villes d’avoir un réseau cohérent. Or, l’absence de réseau de transports digne de ce nom constitue, ici, un frein à l’emploi.

Marseille souffre d’une situation exceptionnelle. A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Je propose de créer des zones socialement prioritaires (ZSP) dans six arrondissements de la ville plus dans quelques zones du sud-est. Tous les emplois des entreprises et commerces doivent y être défiscalisés. Cela créerait un appel d’air. C’est le principe des zones franches mais qui s’applique sur l’existant. Cela permettrait la création de milliers d’emplois assez rapidement. Ca, c’est l’urgence. Ensuite, il y a le plus long terme avec la métropole qui doit nous permettre de créer 100000 emplois (dont 50 à 60000 à Marseille) dans les dix à douze ans.

Il faut constituer un grand système de transport cohérent. Avec le prolongement du métro jusqu’à l’hôpital Nord et Dromel. Avec des TER en plus grand nombre dans les quatre grands couloirs (Marseille-Aix, Marseille-Aubagne, Marseille-Fos et Marseille-aéroport). Seule la métropole aura les moyens de bâtir ce système. Je demande à l’Etat de verser deux milliards d’euros dans un fonds d’amorçage. Je dis à l’Etat de faire comme pour le grand Paris. L’Etat n’a pas versé trente milliards pour le grand Paris, comme il se dit trop souvent, mais il a amorcé avec deux milliards. Ensuite, les autres collectivités ont complété. »

INSÉCURITÉ

« La réponse est globale. Le problème, c’est toujours l’égalité. Problèmes d’emplois, d’éducation, d’accès à la culture, aux transports. Ces réponses ne peuvent être immédiates. Elles sont sur le moyen et sur le court terme. Il faut aussi des réponses en matière de sécurité relativement rapides. Là aussi, à situation exceptionnelle, réponse exceptionnelle : pourquoi n’y aurait-il pas un policier municipal pour 1000 habitants à Marseille comme il y a à Lyon ?

Je pense que Marseille doit être le laboratoire des nouvelles technologies policières. Je sais que l’idée d’utiliser les drones fait son chemin dans la tête des experts. C’est un élément de renseignement important. Ce n’est qu’une caméra de vidéosurveillance aérienne. Or, le débat que l’on a eu sur la vidéosurveillance, il y a dix ans est désormais clos.

(Sur le statut pénal du cannabis) Je dis aujourd’hui que le débat mérite d’être posé et que je suis en réflexion sur ce sujet. Avant, j’étais tout à fait opposé à la dépénalisation. Aujourd’hui, je suis en réflexion. Le phénomène est d’une telle ampleur que les réponses traditionnelles ont leur limite. Il faut trouver d’autres outils. La dépénalisation peut en être un. Je ne dis pas que je suis pour car je n’ai pas affiné ma réflexion. Mais le fait que j’y réfléchisse beaucoup, ça veut bien dire que l’argument commence à faire mouche dans ma tête. »

CLIENTÉLISME

« Je ne parle pas d’un système de services ponctuels que tous les politiques connaissent. On peut, en effet, rendre un service de type social à des familles en difficulté. Le problème, c’est quand un système devient industriel. Quand on rend service à des individus, on leur demande de faire voter des familles entières pour un candidat. Quand tout cela est fait à l’échelle de groupements d’élus ou de collectivités. Quand les affaires s’ajoutent au système clientéliste, ce n’est plus tolérable, il faut y mettre fin. Il faut passer d’un système de passe-droits permanent qui est en train de s’institutionnaliser à un système de droits pour tous. Je précise que le système clientéliste, beaucoup en parlent, moi je l’ai vécu et je m’y suis opposé à la communauté urbaine en luttant contre l’intrusion, en étant victime de certaines grèves anormales.

Je formule deux propositions :

–         Renouveler la classe politique. Je réserverai la moitié de mes listes à la société civile. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne s’agira que de chefs d’entreprise ou de grands patrons.

–         La création de trois grandes commissions (emplois publics, crèches, logements) composées à parité droite-gauche. La commission des emplois publics doit être présidée par un membre de l’opposition.

Cet autocontrôle mettra fin au clientélisme car les élus sur le terrain n’auront plus le pouvoir.

(Sur le defferrisme) Defferre a transformé la ville. Il a aussi fait des erreurs. Il est resté trente-trois ans, il a donc marqué plusieurs générations. Je dis maintenant qu’il faut sortir de l’après-guerre qui est encore dans les têtes dans les fonctionnements. FO est en train de sortir de l’après-guerre. Le procès de Mennucci à FO est complétement daté. Ce syndicat est en train de faire sa mue. Le processus a été engagé il y a environ deux ans. A la communauté urbaine, j’ai largement fait évoluer les choses dans le sens de la transparence et d’un dialogue social beaucoup plus construit. »

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